Le mystère Ménard

Le mystère MénardAprès trois mois de vacances au Mexique avec  sa  fidèle  chienne,  Maya,  Marc  Ménard,  un  chauffeur d’autobus de la Société de transport  de Laval, est sur le chemin du retour, dit-il  par Skype à un ami le 14 mars 2013. L’homme  de 1,80 m au crâne rasé, au torse et aux bras  tatoués  de  dessins  mayas,  prévoit  rentrer  par  la  petite  ville  de  Nuevo Laredo, dans l’État de Tamaulipas, un territoire du nord- est du Mexique que se disputent les cartels de la drogue pour sa  frontière avec le Texas.

Depuis cet appel, l’homme de 44 ans n’a plus donné signe de  vie.

Commence alors une campagne sur le Web pour le retrouver,  qui donnera naissance à une initiative transcendant les frontières. « On  pense  que  Marc  a  peut-être  été  recruté  par  un  groupe  criminel »,  dit  Marie-Josée  Tessier,  collègue  et  amie  du  disparu. 

Avec la famille de Marc Ménard et  des  amis,  elle  organise  rapidement  des  recherches sur Internet. « Les cartels de la  drogue enlèvent parfois des gens pour leur  soutirer de l’argent ou pour les faire travailler au sein de leur réseau. Marc a le profil parfait pour exécuter certains travaux pour  eux », ajoute la femme dans la quarantaine. La  famille  alimente  notamment  la  page  Facebook du voyage de Marc Ménard avec  des photos de celui-ci, de sa chienne et de  sa minifourgonnette. L’équipe lit une centaine de journaux en ligne et multiplie les  appels huit mois, c’était 24 heures sur 24, on avait une équipe de jour et une équipe de nuit. On a arrêté de vivre », dit Marie-Josée Tessier,  la seule du groupe à parler l’espagnol.

Un mois après la disparition du Québécois, les réseaux sociaux  fournissent  une  piste.  Quelqu’un  a  aperçu  la  fourgonnette  de  Marc à Nuevo Laredo. « Grâce à cette information, les policiers sont remontés jusqu’à un homme qui l’a achetée de deux narco-trafiquants, raconte Marie-Josée Tessier. Cette personne affirme avoir vu Marc en vie dans le véhicule dans lequel les deux  criminels sont repartis. »  

L’information, transmise aux autorités  mexicaines,  permettra  d’identifier  trois  suspects,  qui  seront  emprisonnés peu après, mais pour des délits qui n’ont rien à voir  avec la disparition.

Les amis de Marc Ménard, exaspérés par l’inertie des autorités mexicaines dans le dossier, entrent alors en contact avec un blogueur  activiste  mexicain,  Alberto  Escorcia.  « Pour la première fois, j’ai vraiment senti le  désespoir d’un proche d’un disparu : Marie-Josée envoyait des messages à de purs inconnus ! » révèle celui-ci en sirotant un café dans  le quartier Condesa, à Mexico.

Le  blogueur  propose  une  campagne  sur  Twitter :  durant  deux  jours,  en  juillet  2013,  le  mot-clic  #PorMarcYPorTodosLosDe- saparecidos (pour Marc et pour tous les disparus) est le plus utilisé sur ce réseau social  au Mexique.

La  centaine  de  visages  de  disparus  qui  déflent à un rythme fou sur Twitter durant  la campagne émeuvent et indignent Alberto  Escorcia. « J’ai mis, pour la première fois, des  visages de  voir  la  guerre  que  mènent  les  autorités  contre  les  narco- trafiquants  comme  les  autres  la  voient  au  Mexique,  c’est-à-dire  comme une fatalité. »

Le blogueur  a  créé  une  carte  sur  laquelle  chaque  disparu est représenté par un point de couleur. Chaque lien mène à la fiche descriptive de la victime. « C’est une façon de rendre visible une  situation que le gouvernement veut cacher », précise-t-il.

La guerre contre les cartels de la drogue, entamée en 2006 par le gouvernement conservateur de Felipe Calderón, a fait plus de  80 000 morts et 22 300 disparus — des soldats, des policiers, des  élus, des trafiquants, des innocents aussi —, selon les chiffres off- ciels, qui datent d’août 2014.

En  quelques  mois,  Alberto  Escorcia  et  une  amie  (qui  désire  garder  l’anonymat  pour  des  raisons  de  sécurité)  identifient  26 566 personnes disparues, soit au moins 4 000 de plus. « On a  vérifié les données dans des journaux locaux qui relatent ces disparitions

sur   le   nombre   de   disparus.   J’ai   arrêté   Avis de recherche préparé par les proches de Marc Ménard et affiché, notamment, sur les réseaux sociaux.   blogueur  a  créé  une  carte  sur  laquelle  chaque  disparu  est On a ensuite appelé les proches des victimes. C’est un travail titanesque ! » souligne l’activiste trentenaire . 

Tous deux planchent maintenant sur une autre carte, qui répertorie les fosses communes clandestines découvertes depuis 2006. « Je veux faire de ces cartes une sorte de page Wikipédia, que l’on pourra modifier pour ajouter d’autres disparus ou d’autres fosses »,  dit Escorcia.

« C’est un devoir de mémoire, poursuit-il. Ces cartes serviront  à expliquer aux futurs Mexicains ce qui s’est passé, le jour où ils  nous demanderont pourquoi on a laissé tant de gens disparaître  et mourir sans rien faire. »

Pour sa part, la famille de Marc Ménard nourrit toujours un  maigre  espoir  de  le  retrouver.  Un  groupe  de  cinq  personnes  poursuit les recherches dans les journaux en ligne, en plus de  faire pression sur des élus québécois et canadiens pour que les  choses bougent. Le 27 janvier, le député du NPD de Laval–Les  Îles,  François  Pilon,  a  déposé une  pétition de 7  000 noms à  la  Chambre des communes demandant à Ottawa de soumettre le  dossier à Interpol.

Quant à Maya, la petite basset de Marc Ménard, elle a été retrouvée au Mexique grâce à des photos publiées sur Internet. Un ami  de  la  famille  a  fait  le  trajet  jusqu’au  Texas  pour  la  ramener  au  Québec.  Maya  est  morte  des  suites  d’un  cancer  en  septembre dernier.

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